SURMOUNT-5 a tranché : −20,2 % contre −13,7 %. Et en France, en 2026 ?
Le chiffre est direct. Dans l'essai SURMOUNT-5 publié fin 2025, 72 semaines de tirzépatide à la dose maximale tolérée (10 ou 15 mg) font perdre en moyenne 20,2 % du poids de départ. Face à lui, la sémaglutide 2,4 mg plafonne à 13,7 %. L'écart est net, et c'est le premier essai qui a mis les deux molécules sur la même ligne.
Quand vous arrivez chez votre endocrinologue ou votre médecin traitant, la question concrète n'est pas « laquelle est la plus puissante ». Elle est plutôt « laquelle mon médecin prescrit, pour quelle indication, à quel prix, remboursée ou pas ». Voilà ce qu'il faut sortir du dossier clinique et poser sur la table au moment de payer l'ordonnance en pharmacie.
Deux molécules, deux mécanismes
Les deux appartiennent à la famille des incrétinomimétiques, mais elles ne jouent pas la même partition.
La sémaglutide — nom commercial Wegovy pour l'obésité, Ozempic pour le diabète de type 2 — active un seul récepteur : celui du GLP-1. C'est un peptide longue durée, injectable une fois par semaine. En janvier 2026, les États-Unis ont ajouté une version orale 25 mg de Wegovy à leur arsenal. La France n'a pas encore cette présentation orale à forte dose.
Le tirzépatide — Mounjaro en France — va plus loin. Il active deux récepteurs à la fois : GLP-1 et GIP. Le GIP, c'est l'autre grande hormone incrétine ; en le stimulant aussi, la molécule améliore la sensibilité à l'insuline, joue sur le métabolisme des lipides et renforce la satiété. Injection sous-cutanée une fois par semaine, elle aussi. Pas de forme orale.
Retenez une image simple : la sémaglutide parle à une porte, le tirzépatide à deux. Et c'est cette deuxième porte — le GIP — qui expliquerait le supplément de perte de poids observé dans les essais.
Ce que disent les trois essais qui comptent
| Essai | Molécule et dose max | Durée | Variation moyenne du poids | Population |
|---|---|---|---|---|
| STEP 1 (NEJM 2021) | Sémaglutide 2,4 mg/semaine | 68 semaines | −14,9 % vs −2,4 % placebo | Adultes IMC ≥ 30 ou ≥ 27 avec comorbidité, non diabétiques |
| SURMOUNT-1 (NEJM 2022) | Tirzépatide 15 mg/semaine | 72 semaines | −22,5 % (5 mg −15,0 %, 10 mg −19,5 %) | Même population |
| SURMOUNT-5 face-à-face (NEJM 2025) | Tirzépatide 10/15 mg vs sémaglutide 2,4 mg | 72 semaines | −20,2 % vs −13,7 % | Obésité sans diabète |
En clair : sur une personne de 90 kg, cela fait environ 18,2 kg perdus en moyenne sous tirzépatide contre 12,3 kg sous sémaglutide — les deux combinés à une réforme alimentaire et à une activité physique accrue. L'écart n'est pas petit. Reste que tous les patients ne répondent pas pareil, et certains sous sémaglutide perdent autant que la moyenne sous tirzépatide.
Un détail qu'on oublie souvent : la sémaglutide a aussi derrière elle SELECT (NEJM 2023), un essai de 40 mois qui a montré une baisse de 20 % des événements cardiovasculaires majeurs chez des patients avec maladie cardiovasculaire et surpoids. C'est sur cette base que Wegovy a obtenu une indication cardiovasculaire aux États-Unis et dans l'Union européenne. Le tirzépatide n'a pas encore l'équivalent — l'essai SURPASS-CVOT est toujours en cours.
Ce que la France dispense vraiment
Voilà le point qui change tout quand on passe d'un article américain à sa pharmacie de quartier.
- Wegovy (sémaglutide, obésité) a reçu son AMM européenne en janvier 2022. Disponible en France, mais non remboursé pour l'obésité par l'Assurance Maladie. Prix privé : 300–410 €/mois selon la dose, en avril 2026.
- Mounjaro (tirzépatide, diabète de type 2 et obésité) a été autorisé par l'EMA pour le diabète en septembre 2022, puis étendu à l'obésité en décembre 2023. Commercialisé en France depuis 2024. Prix privé obésité : 280–380 €/mois selon la dose. Remboursement obésité : conditionnel, avec critères d'IMC et de comorbidités — à vérifier sur Ameli à la date de la prescription.
- Ozempic (sémaglutide, diabète de type 2) — même molécule que Wegovy, mais autre indication. L'ANSM a signalé à plusieurs reprises des tensions d'approvisionnement liées à l'usage hors AMM pour l'amaigrissement. Détourner Ozempic pour maigrir, c'est priver un patient diabétique. Pour maigrir, c'est Wegovy ou Mounjaro, pas Ozempic.
- Rybelsus (sémaglutide orale, diabète de type 2) — comprimé quotidien, indication DT2 uniquement en France, pas d'usage obésité labellisé.
« On voit arriver beaucoup de personnes qui ont lu un article américain sur Zepbound et qui pensent qu'on va leur prescrire ça ici. Je dois rappeler que le produit existe en France sous le nom Mounjaro, et que la démarche passe par une ordonnance et un bilan. » — un endocrinologue libéral, Île-de-France, mars 2026.
Neuf marchés, neuf noms — et le piège américain
Voici le vrai intérêt pour un lecteur francophone qui voyage, étudie ou a de la famille à l'étranger. Les deux mêmes molécules ne portent pas le même nom partout.
| Marché | Régulateur | Sémaglutide obésité | Sémaglutide DT2 | Tirzépatide obésité | Tirzépatide DT2 |
|---|---|---|---|---|---|
| France (UE) | ANSM/EMA | Wegovy (2022-01) — non remboursé hors conditions | Ozempic (2018-02), Rybelsus orale | Mounjaro obésité (2023-12), remboursement conditionnel 2024 | Mounjaro DT2 (2022-09) |
| Espagne (UE) | AEMPS/EMA | Wegovy — privé, non financé obésité | Ozempic, Rybelsus | Mounjaro obésité | Mounjaro DT2 |
| États-Unis | FDA | Wegovy SC (2021-06), Wegovy oral 25 mg (2026-01) | Ozempic, Rybelsus | Zepbound (2023-11) — marque dédiée à l'obésité | Mounjaro (2022-05) |
| Corée du Sud | MFDS | 위고비 (2024-10) | 오젬픽 | 마운자로 obésité (2024-12, lancement 2025) | 마운자로 DT2 |
| Japon | PMDA | ウゴービ (2024-02) | オゼンピック (2020-06) | ❌ pas d'indication obésité en avril 2026 | マンジャロ DT2 (2022-09) |
| Chine continentale | NMPA | 诺和盈 (2024-11) | 诺和泰 (2021) | 穆峰达 obésité (2024) | 穆峰达 DT2 (2024) |
| Taïwan | TFDA | 胰妥讚 Wegovy | Ozempic | 猛健樂 obésité (2024) | 猛健樂 DT2 (2023) |
| Hong Kong | Drug Office | Wegovy | Ozempic | Mounjaro (une marque, deux indications) | Mounjaro |
| Arabie saoudite / ÉAU | SFDA / MOHAP | Wegovy | Ozempic | Mounjaro obésité (2024) | Mounjaro |
Quatre points à retenir, pour ne pas se tromper :
- Le piège Zepbound. Seuls les États-Unis ont scindé le tirzépatide en deux marques : Zepbound pour l'obésité, Mounjaro pour le diabète. Partout ailleurs — France, UE, Royaume-Uni, Japon, Corée, Chine, Taïwan, Hong Kong, Golfe — c'est Mounjaro pour les deux indications. Si vous lisez un article américain qui parle de « Zepbound », traduisez-le mentalement par « Mounjaro » dès que vous repassez la frontière.
- Le Japon n'a pas d'indication obésité pour le tirzépatide en avril 2026. Seule ウゴービ (Wegovy / sémaglutide) est labellisée pour l'obésité là-bas. Utile si vous avez de la famille ou un séjour professionnel au Japon.
- La Corée du Sud a lancé 마운자로 obésité fin 2024, mais l'approvisionnement reste sous tension en 2025-2026. Les prix privés de 위고비 vont de 21 万 à 37 万 KRW/mois selon la dose.
- La Chine continentale est le seul marché à avoir à la fois 诺和盈 (Wegovy) et 穆峰达 (Mounjaro) lancés commercialement pour l'obésité en 2024-2025, avec des prix privés de 1 300–2 000 CNY/mois.
Les deux escaliers de doses
C'est souvent là que se joue la tolérance.
| Palier (4 semaines chacun) | Sémaglutide (Wegovy) | Tirzépatide (Mounjaro obésité) |
|---|---|---|
| 1 | 0,25 mg | 2,5 mg |
| 2 | 0,5 mg | 5 mg |
| 3 | 1,0 mg | 7,5 mg |
| 4 | 1,7 mg | 10 mg |
| 5 | 2,4 mg (dose cible) | 12,5 mg |
| 6 | — | 15 mg (dose cible) |
Deux différences pratiques :
- On met 4 mois à atteindre la dose cible de Wegovy, contre 5 mois pour Mounjaro 15 mg. Ce n'est pas une course : monter trop vite multiplie les nausées.
- Beaucoup de patients s'arrêtent avant d'atteindre la dose maximale. Une analyse de vie réelle en 2024 montrait que 30 à 40 % seulement des utilisateurs de GLP-1 pour l'obésité restaient à la dose cible un an après. Le chiffre moyen de l'essai (22,5 % avec tirzépatide 15 mg) n'est donc pas forcément celui que vous observerez si vous plafonnez à 10 mg.
Effets indésirables : le pic et la sortie du pic
Les deux molécules ont un profil digestif dominant. Voici les taux cumulés des essais STEP 1 et SURMOUNT-1 (≥ 5 % d'incidence).
| Effet indésirable | Sémaglutide 2,4 mg | Tirzépatide 15 mg |
|---|---|---|
| Nausées | 44 % | 29 % |
| Diarrhée | 30 % | 21 % |
| Vomissements | 24 % | 17 % |
| Constipation | 24 % | 17 % |
Le rythme est reconnaissable : les symptômes digestifs culminent les 8 à 12 jours qui suivent chaque montée de dose, puis s'estompent. Avec une escalade bien conduite, la majorité des patients sort du pic digestif au bout de 8 à 12 semaines.
Ce qui compte plus, ce sont les signaux rares mais sérieux, à connaître avant de signer l'ordonnance :
- Pancréatite aiguë — douleur abdominale intense et persistante, vomissements : on arrête et on consulte en urgence.
- Événements biliaires (cholécystite, lithiase) — fréquence modeste mais documentée, surtout en perte de poids rapide.
- Aggravation d'une rétinopathie diabétique — signalée avec la sémaglutide chez les patients DT2 avec rétinopathie préexistante.
- Hypoglycémie — possible si vous êtes déjà sous insuline ou sulfamide hypoglycémiant.
- Carcinome médullaire de la thyroïde et NEM2 — contre-indication formelle, encadré de précaution sur les deux molécules. Un antécédent personnel ou familial ferme le dossier.
Avant l'ordonnance : la check-list à préparer
Arriver préparé vous fait gagner deux rendez-vous.
- Votre IMC réel : poids ÷ taille² en kg/m², calculé à jeun, même balance si possible.
- Vos comorbidités — HTA, dyslipidémie, syndrome d'apnées du sommeil, prédiabète ou DT2, stéatose hépatique.
- La liste de vos traitements — insuline, sulfamides, antidépresseurs, contraception orale (la vidange gastrique ralentit, la pilule peut être moins bien absorbée pendant l'escalade).
- Antécédents personnels — pancréatite, maladie biliaire, troubles thyroïdiens, antécédents psychiatriques (la question des idées suicidaires a été surveillée par les agences, sans signal confirmé à ce jour).
- Antécédents familiaux — carcinome médullaire de la thyroïde, NEM2.
- Votre situation financière réelle — compter 300 à 410 €/mois pendant au moins 12 mois, c'est une décision budgétaire. Vérifiez la position de votre complémentaire santé et le statut du remboursement conditionnel de Mounjaro obésité sur Ameli au jour J.
- Un plan alimentaire et d'activité physique — les essais ont tous combiné le traitement avec un accompagnement nutritionnel et sportif. La molécule seule n'a pas donné ses chiffres dans les études.
Les questions à emporter chez le médecin
Copiez-collez cette liste sur votre téléphone avant la consultation.
- Entre Wegovy et Mounjaro, lequel correspond le mieux à mon profil — comorbidités, tolérance digestive, budget ?
- Si je commence, jusqu'à quelle dose faut-il viser pour mes objectifs de santé (pas seulement pour le poids) ?
- Quel palier sera remboursé, sous quelles conditions, avec quelle procédure côté Ameli ?
- Quel plan si je déclenche des nausées fortes, une diarrhée invalidante ou des douleurs abdominales ?
- Que fait-on si la perte de poids plafonne avant 1 an ?
- Quelle sortie de traitement — arrêt progressif, entretien à dose réduite, bascule sur une autre molécule ?
- Faut-il surveiller ma vésicule biliaire, ma TSH, ma glycémie, et à quelle fréquence ?
- Si je prends Mounjaro, comment gérer un séjour de 3 semaines au Japon où l'indication obésité n'existe pas ?
La photo de la France en avril 2026
Wegovy et Mounjaro sont disponibles, prescrits et vendus. Le remboursement obésité existe de façon conditionnelle pour Mounjaro depuis 2024, mais il se valide dossier par dossier via votre médecin et Ameli. Wegovy, lui, reste majoritairement privé. Les ruptures d'Ozempic — conséquence directe du détournement pour l'amaigrissement — restent un sujet sensible ; à ne pas alimenter par un usage hors AMM.
La trajectoire 2026 se dessine déjà : arrivée possible en Europe d'une sémaglutide orale à haute dose pour l'obésité sur le modèle américain, travaux cliniques avancés sur le rétatrutide (triple agoniste) et la cagrisema, et évolution probable de l'avis HAS sur le remboursement de l'obésité pharmacologique.
Deux molécules, neuf marchés, des noms qui changent. Un seul réflexe utile : parler de votre cas avec un médecin qui connaît votre dossier plutôt que de choisir sur un graphique d'essai clinique.



