« Lequel fait perdre le plus de poids, Mounjaro ou Wegovy ? » Posez la question dans n’importe quel groupe de discussion, et vous récolterez vingt avis et zéro preuve solide. Pendant des années, on a comparé des essais différents, sur des patients différents, menés à des années d’écart. Autant départager deux marathoniens qui n’ont jamais couru la même course.
SURMOUNT-5 a mis fin à ce bricolage. Publié dans le New England Journal of Medicine en 2025, c’est un essai en comparaison directe : au lieu de mettre en regard deux études séparées, il a fait courir les deux molécules dans le même essai, le même jour, avec le même chronomètre. Le résultat est net. Reste à le lire pour ce qu’il dit vraiment, sans le tirer dans un sens ni dans l’autre.
Pourquoi un essai face-à-face change la donne
Comparer deux médicaments à travers deux études séparées, c’est bricoler. Les populations diffèrent. Les protocoles diffèrent. Le simple fait que les essais aient eu lieu à des années d’écart introduit un bruit que personne ne sait vraiment chiffrer.
Un essai face-à-face — head-to-head, en jargon — supprime cette excuse. Mêmes critères d’inclusion, même calendrier de visites, même balance, même équipe. Quand un écart apparaît à l’arrivée, on peut enfin l’attribuer aux molécules, et non au hasard du recrutement.
C’est précisément ce qui manquait au débat « tirzépatide contre sémaglutide ». On avait deux familles de chiffres impressionnants, jamais sur la même ligne de départ. SURMOUNT-5 a comblé ce trou, et c’est ce qui rend ses résultats si difficiles à balayer d’un revers de main.
Comment SURMOUNT-5 a été construit
Le plan de l’essai est sobre, et c’est tant mieux : moins il y a d’astuces de design, plus le résultat est lisible.
Au total, 751 participants ont été randomisés. D’un côté, le tirzépatide à sa dose maximale tolérée — 10 ou 15 mg. De l’autre, le sémaglutide, lui aussi à dose maximale tolérée — 1,7 ou 2,4 mg. Une injection sous-cutanée par semaine dans chaque groupe, sur 72 semaines, soit près d’un an et demi.
| Paramètre de l’essai | SURMOUNT-5 |
|---|---|
| Type | Essai randomisé face-à-face |
| Tirzépatide (Mounjaro) | 10 ou 15 mg, une fois par semaine |
| Sémaglutide (Wegovy) | 1,7 ou 2,4 mg, une fois par semaine |
| Durée | 72 semaines |
| Participants randomisés | 751 |
Deux détails comptent ici. D’abord, on compare les deux molécules à leur plein potentiel, pas une dose forte contre une dose timide : le terrain est équitable. Ensuite, ce sont des adultes vivant avec l’obésité, sans diabète, accompagnés de conseils sur l’alimentation et l’activité physique. La molécule n’a jamais travaillé seule, dans aucun groupe.
Le verdict : le tirzépatide passe devant
Voici le chiffre que tout le monde attend.
À 72 semaines, la perte de poids moyenne atteint 20,2 % sous tirzépatide, contre 13,7 % sous sémaglutide. L’écart est statistiquement significatif — P inférieur à 0,001, c’est-à-dire une probabilité infime qu’il tienne du hasard. Dans cette comparaison directe, le tirzépatide a fait perdre davantage. Point.
| Résultat à 72 semaines | Tirzépatide | Sémaglutide |
|---|---|---|
| Perte de poids moyenne | −20,2 % | −13,7 % |
| Signification | P inférieur à 0,001 | référence |
Pour rendre la chose concrète, sans surinterpréter : chez une personne qui démarre à 80 kg, 20,2 % représentent environ 16 kg en moyenne, contre près de 11 kg avec 13,7 %. Ce sont des ordres de grandeur, calculés à la main — l’essai ne publie pas la perte en kilos, et chaque corps répond à sa manière. Mais l’écart de 6,5 points entre les deux moyennes n’est pas une marge d’erreur. Il est réel, et il parle cliniquement.
Le tirzépatide passe devant sur la moyenne, sans ambiguïté. Et on peut enfin l’affirmer avec une comparaison directe derrière soi, et non un assemblage d’études disparates.
Une chose mérite pourtant d’être dite tout de suite : 13,7 %, ce n’est pas un mauvais score. C’est une perte de poids que la chirurgie n’atteignait pas il y a quinze ans, obtenue ici avec une simple injection hebdomadaire. Le sémaglutide n’a pas « perdu » au sens où il serait faible. Il a fait moins bien qu’un concurrent encore plus puissant. Nuance.
Au-delà de la balance : tour de taille et répondeurs
Le poids n’est qu’une facette. Le tour de taille en dit souvent plus long sur la graisse viscérale, celle qui entoure les organes et pèse vraiment sur le cœur et le métabolisme.
Là encore, le tirzépatide devance. La réduction moyenne du tour de taille atteint 18,4 cm, contre 13,0 cm pour le sémaglutide, avec la même significativité statistique. La hiérarchie lue sur la balance se retrouve donc sur le mètre ruban.
Autre angle de lecture : les répondeurs. Plutôt que de fixer la seule moyenne, on peut compter combien de participants franchissent des seuils précis de perte de poids. À chaque palier — au moins 10 %, 15 %, 20 % ou 25 % du poids perdu —, le groupe tirzépatide comptait plus de personnes arrivées au bout que le groupe sémaglutide.
| Seuil de perte de poids atteint | Quel groupe en compte le plus ? |
|---|---|
| Au moins 10 % | Tirzépatide |
| Au moins 15 % | Tirzépatide |
| Au moins 20 % | Tirzépatide |
| Au moins 25 % | Tirzépatide |
Ce que raconte ce tableau, c’est que l’avantage du tirzépatide ne repose pas sur une poignée de répondeurs exceptionnels qui tireraient la moyenne vers le haut. Il se diffuse sur toute la courbe, des objectifs modestes aux pertes les plus marquées. C’est cohérent. C’est solide.
« Gagner en moyenne » n’est pas « gagner pour vous »
Vient maintenant la partie que les titres aiment oublier.
Une moyenne décrit une foule, pas une personne. Dans SURMOUNT-5, certains participants sous sémaglutide ont sûrement perdu plus que la moyenne du groupe tirzépatide — et l’inverse s’est produit aussi. Votre génétique, votre métabolisme, votre tolérance digestive, vos habitudes : tout cela déplace le curseur d’un individu à l’autre. Le chiffre de l’essai vous donne une probabilité, pas une prédiction.
Et puis le « meilleur » médicament sur un graphique n’est pas forcément le bon pour votre vie. Plusieurs choses pèsent autant que l’efficacité brute :
- La tolérance. Si une molécule vous donne des nausées tenaces et que l’autre passe bien, la mieux supportée est souvent celle qui vous fera tenir un an — et c’est la durée qui compte.
- Vos pathologies associées. Diabète, maladie cardiovasculaire, antécédents particuliers : selon votre dossier, un profil de molécule peut convenir mieux que l’autre.
- L’accès et le coût. Le médicament que vous ne pouvez ni obtenir ni financer durablement, aussi performant soit-il sur le papier, ne vous sert à rien.
- La régularité. Le traitement que vous suivez réellement, semaine après semaine, bat toujours celui que vous abandonnez au troisième mois.
Le bon réflexe n’est pas « je prends le plus fort ». C’est « je choisis, avec un médecin qui connaît mon dossier, celui qui me correspond ». Ce n’est pas la même question, et la réponse non plus.
Autrement dit : SURMOUNT-5 vous arme pour une conversation, pas pour une décision prise seul devant un écran. Changer de traitement au seul motif qu’une moyenne grimpe plus haut, sans regarder le reste, c’est passer à côté de l’essentiel.
Les garde-fous de sécurité que les deux partagent
Voilà un point que les comparatifs présentent souvent de travers, comme si l’un des deux médicaments était dangereux et l’autre angélique. Faux. Sur les garde-fous majeurs, les deux molécules logent à la même enseigne.
Sur l’étiquetage de la FDA américaine, toutes deux portent un avertissement encadré (le « boxed warning » outre-Atlantique) sur les tumeurs des cellules C de la thyroïde. Toutes deux sont formellement contre-indiquées en cas d’antécédent personnel ou familial de carcinome médullaire de la thyroïde, ou de néoplasie endocrinienne multiple de type 2 (NEM 2). Cet antécédent ferme le dossier, pour le tirzépatide comme pour le sémaglutide. Sans exception. En France, ces mêmes contre-indications figurent dans le résumé des caractéristiques du produit validé par l’EMA et l’ANSM — la formulation diffère, le garde-fou est le même.
| Garde-fou de sécurité | Tirzépatide | Sémaglutide |
|---|---|---|
| Avertissement encadré (étiquette FDA américaine), tumeurs thyroïdiennes des cellules C | Oui | Oui |
| Contre-indication carcinome médullaire de la thyroïde / NEM 2 | Oui | Oui |
| Vigilance pancréatite aiguë | Oui | Oui |
Côté pancréas, même prudence partagée. Des cas de pancréatite aiguë, parfois graves, ont été rapportés avec les agonistes des récepteurs du GLP-1, ces deux médicaments compris. La règle tient en une phrase : devant une douleur abdominale intense et persistante accompagnée de vomissements, on suspend le traitement et on consulte sans tarder.
Aucun des deux n’est « sans effets indésirables » — ce serait faux, et aucun médecin sérieux ne vous le promettra. Les troubles digestifs, surtout en début de traitement et à chaque montée de dose, font partie du paysage. Ce qui change tout, c’est de savoir distinguer une nausée passagère d’un signal qui impose un appel au médecin.
Accès et coût, sans détour
Premier rappel, qui n’est pas un détail : la marque varie selon les pays. Pour le tirzépatide, le nom de l’obésité aux États-Unis est Zepbound ; en France, la même molécule se commercialise sous le nom Mounjaro. Selon votre pays, le tirzépatide peut n’être disponible que dans l’indication du diabète, ou son autorisation dans l’obésité peut être encore en cours d’examen — autrement dit, un résultat d’essai n’ouvre pas automatiquement un droit à la prescription pour l’obésité là où vous vivez. Vérifiez le statut d’autorisation auprès de votre autorité de santé (en France, l’ANSM).
En France, et c’est le point qui ramène la science au comptoir : ni Wegovy ni Mounjaro ne sont remboursés pour l’obésité par l’Assurance Maladie dans le cas général. La prescription se fait sur ordonnance, après un bilan, et le coût reste majoritairement à votre charge — de l’ordre de quelques centaines d’euros par mois selon la molécule et le palier de dose. Vérifiez le statut du remboursement et les conditions de votre complémentaire au jour de la prescription : les règles bougent.
Le coût n’est pas un détail accessoire qu’on règle « plus tard ». C’est une variable de la décision, au même titre que l’efficacité. Un traitement de plusieurs centaines d’euros mensuels, tenu sur un an ou davantage, engage un budget bien réel. Mieux vaut l’avoir chiffré honnêtement avant de commencer qu’à mi-parcours.
L’approvisionnement compte aussi. La demande mondiale pour ces molécules a connu de fortes tensions, et la disponibilité d’une dose précise peut varier d’un mois à l’autre en pharmacie. Le médicament le plus efficace sur le papier perd tout intérêt si vous ne parvenez pas à vous le procurer de façon stable. Cette réalité d’accès fait partie, elle aussi, du bon choix.
Ce qu’il faut emporter chez votre médecin
Arriver préparé, c’est transformer une consultation expéditive en vraie discussion. Voici de quoi nourrir l’échange.
- Vos objectifs réels — pas seulement un chiffre sur la balance, mais aussi tension, glycémie, mobilité, énergie au quotidien.
- Votre tolérance digestive passée — la façon dont votre estomac réagit d’habitude aux nouveaux traitements. C’est un indice précieux pour anticiper.
- Vos pathologies associées — diabète, hypertension, dyslipidémie, apnées du sommeil, stéatose hépatique.
- Vos antécédents, personnels et familiaux — en particulier carcinome médullaire de la thyroïde, NEM 2, pancréatite, troubles biliaires.
- Votre budget honnête — combien vous pouvez consacrer chaque mois, et sur combien de mois, sans vous mettre en difficulté.
- Vos questions sur la suite — que se passe-t-il si la perte de poids plafonne, comment s’organise un éventuel arrêt, faut-il surveiller la thyroïde ou la glycémie.
Quelques formulations à glisser dans la conversation, si elles vous parlent :
- Entre ces deux molécules, laquelle correspond le mieux à mon profil, au-delà de la moyenne des essais ?
- Si je supporte mal celle qu’on essaie en premier, quel est le plan B ?
- Quelle dose viser, et à quel rythme de montée, pour limiter les nausées ?
- Quels signaux doivent me faire appeler entre deux rendez-vous ?
Le mot de la fin
SURMOUNT-5 a tranché une question qui traînait depuis des années : dans une comparaison directe, sur 72 semaines, le tirzépatide fait perdre plus de poids que le sémaglutide — 20,2 % contre 13,7 % en moyenne, tour de taille et répondeurs allant dans le même sens. C’est clair, c’est mesuré, et ça méritait d’être enfin dit avec des chiffres comparables.
Mais la moyenne d’un essai n’est pas votre verdict personnel. Les deux molécules sont puissantes. Toutes deux partagent les mêmes garde-fous, thyroïde et pancréas en tête. Et celle qui vous conviendra dépend de votre tolérance, de vos pathologies, de votre accès et de votre budget autant que de ce graphique. La vraie décision ne se prend pas sur une courbe : elle se construit en face d’un médecin qui a votre dossier sous les yeux.
Cet article s’appuie sur des essais cliniques et des publications scientifiques accessibles au public ; il a une visée informative et ne remplace pas une consultation. Ces médicaments se délivrent sur ordonnance — ne commencez, n’arrêtez ni ne modifiez aucun traitement sans l’avis de votre médecin. Les résultats varient d’une personne à l’autre.
Sources
Les affirmations de cet article ont été vérifiées à partir des sources primaires ci-dessous.
- PubMed (NIH)pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40353578



